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La promotion de la situation de la femme au Maroc et la lutte contre les disparités entre les sexes dans tous les domaines du développement est un objectif national exprimé à tous les niveaux décisionnels. Elle implique l'intervention dans les domaines de l'éducation, de la santé reproductive (SR), de l'intégration de la femme au développement et du renforcement des pouvoirs.

I. Contexte

II - Réalisations

III - Législation

IV - Projets



I. Contexte

Nous vous présentons un état des lieux de la situation de la femme au Maroc dans les domaines de l’éducation, la santé et l’intégration dans le développement économique et du renforcement des pouvoirs.  

 A- Education   

L’analphabétisme touche en chiffres absolus 7 millions de femmes, soit 2 millions de plus par rapport à 1982, avec un taux qui s’élève à 62% contre 34% pour les femme sur 10 sait lire et écrire (89% en 1994 contre 83% en 1999). Les données mentionnées ci-dessus révèlent à la fois la progression de  l’analphabétisme des femmes en termes d’effectifs,  la discrimination en fonction du genre et la  grande marginalisation des femmes rurales.

Le problème de l’analphabétisme est d’autant plus alarmant qu’il n’épargne pas la tranche d’âge 
supposée prise en charge par l’enseignement de base. Ainsi sur 2.500.000 enfants non scolarisés ou déscolarisés âgés de 8 à 16 ans, 58,4% sont des filles, soit près de 1,4 million. La répartition par milieu suit la tendance observée pour leurs aînées puisque parmi ce taux, 45,2% des filles sont rurales contre 13,2% urbaines.   

A ce jour, les taux de scolarisation et de rétention des filles rurales dans l’enseignement 
fondamental ne dépassent guère 35% et 36% respectivement, les classant ainsi au premier rang des victimes de l’exclusion scolaire. Dans ce domaine également, la discrimination s’opère à leur égard puisqu’elles ne constituent que 27,6% des bénéficiaires du préscolaire coranique, 37,2% des effectifs du premier cycle de l’enseignement fondamental et 28,3% du second cycle de cet enseignement.   

Une des principales caractéristiques des contenus des manuels scolaires et d’alphabétisation 
réside dans leur forte charge sexiste qui dévalorise les femmes. Outre la faible présence des 
personnages féminins, ces manuels s’ingénient à présenter les hommes et les femmes en 
différenciant leurs caractéristiques individuelles et leurs rôles familiaux et sociaux. Les 
femmes se trouvent ainsi réduites à n’avoir que des qualités de cœur, à ne se mouvoir que dans 
l’espace domestique où elles ne sont qu’épouses et mères, et à n’exister que par et pour les 
autres. Ces images sont présentées avec une telle simplicité qu’elles apparaissent comme étant la norme à intégrer.   

Les contraintes à l’éducation des femmes

Ces contraintes sont liées à deux grands facteurs :

  • a) Le premier, d’ordre général, concerne les carences structurelles observées en matière de politiques d’alphabétisation et de scolarisation. Il s’agit notamment de l’absence de planification d’ensemble sous-tendue par des objectifs clairs et réalisables, de la forte centralisation, des interventions peu coordonnées et rarement évaluées, des contenus démotivants, et aussi selon les secteurs, de l’insuffisance des ressources allouées;
  • b) Le deuxième facteur est relatif au fait que les politiques successives d’enseignement et d’alphabétisation ont toujours été pensées et conçues au masculin et caractérisées, entre autres, par la reproduction des différenciations sociales de sexe.

Ces facteurs sont à l’origine des problèmes suivants :

  • Absence d’un engagement fort en faveur de l’éducation des femmes, en dépit du large consensus sur la question;
  • Absence d’intégration de l’approche genre en tant qu’outil de planification politique et technique dans la conception des interventions en matière d’alphabétisation et de scolarisation;
  • Absence de mécanismes d’incitation, de coordination, de suivi et d'évaluation, ce qui inhibe la capitalisation des efforts et affaiblit l’impact des interventions en faveur des femmes;
  • Carences en matière de données démonstratives locales, qualitatives et quantitatives, ce qui limite la portée des actions en termes d’adaptabilité et d’efficacité;
  • Faiblesse des programmes de proximité au féminin, impliquant une large participation des bénéficiaires potentielles et des acteurs locaux;
  • Mauvaise appréhension de la diversité géographique, culturelle et linguistique du Maroc;
  • Faible adaptation de l’école à son environnement;
  • Gestion centralisée des carrières des enseignants.

    

B- Santé de la Reproduction


Des programmes nationaux relativement bien structurés gèrent la planification familiale, la maternité sans risque et les IST/SIDA. Cependant, les différents programmes existants souffrent de manque de coordination, d’une centralisation accentuée et de la dispersion des ressources, en particulier dans la collecte des données et les activités IEC ( Information, Education, Communication). Les coupures budgétaires dans les secteurs sociaux dues à l’ajustement structurel et à la nécessité de maintenir les équilibres fondamentaux ont fait  que ces programmes sont devenus tributaires de l’aide financière des  organismes internationaux et de la coopération bilatérale et multilatérale. La différence des 
stratégies et des priorités accordées par chaque donateur se répercute négativement sur l’action  des différents programmes.

Les problèmes dans le domaine de la santé de la reproduction font, dans une large mesure, partie des difficultés que connaît le secteur de la santé au Maroc :

  • a) une faible part dans le budget de l’État;
  • b) un effectif insuffisant des médecins, en particulier spécialistes;
  • c) des disparités régionales flagrantes au niveau des structures sanitaires et de l’affectation du personnel médical (gynécologues, dermatologues et sages-femmes);
  • d) une absence de politique de recherche surtout multidisciplinaire;
  • e) une faible implication multi-sectorielle et de la société civile;
  • f) des campagnes de sensibilisation ponctuelles, peu adaptées aux spécificités locales et avec une utilisation réduite des mass media;
  • g) et enfin, une faible décentralisation de la planification des actions.

Grâce à l’action du Programme National de la Planification Familiale, une amélioration nette de 
la prévalence contraceptive a été atteinte (58.8% en 1997 contre 19% en 1979/80). Cette 
amélioration reste, cependant, insuffisante en particulier, dans le milieu rural. Le programme 
souffre aussi de la faiblesse due à la prédominance de la pilule, et par conséquent, une faible 
utilisation des méthodes de longue durée, une forte déperdition qui atteint 46%, une sous 
information qui permet la propagation de fausses rumeurs sur des effets néfastes des produits 
contraceptifs, et une absence d’implication du mari.   

S’agissant de la maternité sans risque, les différents taux d’évaluation de la prestation des 
services ont enregistré une amélioration nette (consultations prénatales: 42% en 1993/97 contre 27% en 1987; assistance à l’accouchement: 43% en 1993/97 contre 26% en 1987). La mortalité maternelle a connu une baisse relativement importante (elle est passée de 332 décès pour 100.000 naissances vivantes en 1992 à 228 cas en 1997), mais elle reste encore élevée en milieu rural (307 décès). Elle survient suite à des complications de la grossesse avant, au cours et après l’accouchement. Elle reflète parfaitement le déficit au niveau de la qualité des soins, de l’assistance médicale et de la prise en charge.   

En dépit du fait que les structures de maternité existantes ne sont pas suffisantes pour prendre 
en charge tous les accouchements, elles sont paradoxalement sous-exploitées à cause des 
réticences des femmes à accoucher à l’hôpital (mauvais accueil, rumeurs sur l’inéluctabilité de 
la césarienne et des points de suture, faible féminisation du personnel médical et paramédical 
particulièrement en milieu rural).  

Le Programme National de Lutte contre les IST/SIDA a accompli des efforts importants dans le  domaine de la formation, du suivi et de la surveillance épidémiologique, de la prise en charge  des infections sexuellement transmissibles, de la sécurité du sang et de ses dérivés, de  l’information, l’éducation et la communication, le renforcement de l’implication de la société  civile et des autres acteurs sociaux. Les maladies sexuellement transmissibles représentent un  véritable problème de santé publique avec une estimation de 600.000 nouveaux cas par an. Les  problèmes de la prise en charge se posent avec acuité avec un taux d’automédication dépassant 50%. L’adolescence, l’éducation sexuelle des jeunes sont des thèmes qui ne sont pas abordés dans le cadre d’un plan d’action spécifique.  

Les autres volets ne sont pas traités dans le cadre d’un programme spécifique (stérilité,  ménopause, cancers génitaux). L’avortement clandestin, la violence contre les femmes, sont des problèmes qui émergent de plus en plus. A part des initiatives encore timides de la part de  quelques ONGs, la prise en charge psychosociale est absente. Les textes en vigueur n’offrent  guère le cadre juridique adéquat pour protéger les femmes et rendre justice aux victimes.

Les contraintes à la santé de la reproduction.

Parmi les contraintes identifiées, on peut mentionner :

  • Le faible accès des populations rurales aux services de santé reproductive;
  • L’inadaptation des structures existantes à la nouvelle définition de la santé de la reproduction;
  • L’absence de programmes consacrés aux autres volets de la SR;
  • L’insuffisance, la mauvaise répartition géographique et la faible féminisation du personnel médical et paramédical particulièrement en milieu rural;
  • Les programmes existants n’impliquent que peu de départements autres que celui de la santé, alors que la nouvelle approche cherche à impliquer les départements ministériels, le secteur privé, les collectivités locales et la société civile.

Les campagnes de sensibilisation ont revêtu, jusqu’à présent, un caractère ponctuel; conçues au niveau central et mal adaptées aux différences régionales. Certains réseaux structurés et ayant une couverture au niveau du Royaume ne sont pas suffisamment exploités (les pharmacies, les centres de planification familiale, etc.). Les ONGs pourraient non seulement participer aux campagnes de sensibilisation, mais aussi apporter un appui psychologique, social et matériel aux malades et aux groupes vulnérables. L’information, l’éducation et la communication pourraient prendre une part plus importante. La télévision et la radio participent de façon insuffisante à la sensibilisation de la population. La diffusion des spots coûte très cher.

  • En dépit des progrès réalisés dans le cadre des IST/SIDA, la démarche nationale est confrontée à des obstacles socio-culturels et voit l’accès aux groupes vulnérables (jeunes, professionnel (le)s du sexe, migrants, personnes atteintes du VIH/SIDA difficile.
  • - L’inadéquation de l’IEC souvent ponctuelle et centralisée;
  • -L’absence de gestion rationnelle de la documentation, sa faible disponibilité et absence de coordination et d’échange d’informations;
  • - L’absence de structure qui soit à la fois unique et décentralisée avec des prérogatives claires permettant une coordination et intégration optimale des différents volets de la SR.

    

C- Intégration de la Femme au Développement  

Les femmes souffrent plus que les hommes de marginalisation sociale. En termes de pauvreté  humaine, les disparités de genre sont tout à fait nettes (en termes de taux d’alphabétisation,  d’accès à l’eau potable, à l’électricité, …etc.).   

La vulnérabilité à la pauvreté monétaire regroupe les ménages marginalisés et les ménages  économiquement vulnérables. Elle touche 47,3% des ménages (12,5 millions de personnes) en 1995 contre 50,3% en 1990/91 et concerne 63,5% des ménages féminins. Le risque de vulnérabilité à la pauvreté est plus grand dans le monde rural, dans les foyers citadins dirigés par les femmes et dans ceux qui sont dirigés par un chef de ménage faiblement scolarisé. 

Les indicateurs de participation des femmes au PIB et de la reconnaissance de cette participation dans la richesse produite continuent à montrer une forte disparité en défaveur des femmes : taux de chômage urbain, taux d’activité rural et urbain, pourcentage de travail à domicile non rémunéré dans le rural, pourcentage de salariés dans la population active occupée rurale. Au niveau national, le taux de chômage urbain des femmes est passé de 14,2% en 1982 à 24,4 % en 1999. Le niveau de chômage est deux fois plus important en milieu urbain qu’en milieu rural. Il est nettement plus élevé chez les femmes que chez les hommes. Ce sont les catégories femmes et jeunes qui souffrent le plus de tensions sur le marché de l’emploi. Même s’il reste faible, le taux d’activité féminine visible continue à augmenter, plus particulièrement en ville où il est passé de 16% en 1987 à 22 % en 1995 : deux femmes dites actives sur trois résident en milieu urbain. Concernant la couverture sociale, le pourcentage de couverture des femmes reste très faible : en 1989, il n’excédait pas 10% pour les femmes alors qu’il était de 20 à 25 % au niveau national, tout genre confondu.   

En milieu rural, la proportion des femmes salariées dans la population active occupée a longtemps été marginalisée (3,5% contre 22,9% pour les hommes en 1986-87) mais elle est en nette progression : 11,5% en 1994 (29% pour les hommes). La majeur partie des femmes actives en milieu rural sont déclarées “aides familiales”, c’est à dire “personnes actives qui travaillent dans un établissement pour le compte d’un membre de leur famille ou de leur ménage, sans contrepartie, à condition qu’elles résident chez la personne pour qui elles travaillent”. Ces femmes travaillent au sein de l’exploitation familiale, par exemple aux tâches agricoles, souvent autant ou plus que les hommes, mais sans statut ni rémunération. Au cours de cette décennie, la place de cette catégorie semble néanmoins avoir faiblement diminué. Elle est de 72% des femmes actives occupées dans le rural en 1994 (30% pour les hommes) contre 84,2% en 1984-85 (35,9% pour les hommes).  

En milieu urbain, en partant du recensement général de 1994, 8 femmes actives occupées sur 10 sont des salariées contre 66% pour les hommes. 30% des femmes salariées le sont dans le secteur public ce qui correspond à une évolution tout à fait remarquable et qui s’amplifie. 30% des femmes salariées le sont dans l’industrie et l’artisanat et 27% dans les services. La situation de la femme salariée, à l’usine comme dans les services, est synonyme de forte précarité et d’exploitation, plus que pour leurs homologues masculins.   

L’autre catégorie des femmes actives occupées de l’urbain sont les “indépendantes”, 15,3%, mais dans lesquelles sont inclus les “travailleuses à domicile”, type de travail précaire  exclusivement féminin. Or, de la situation dans la profession découle une plus ou moins grande  régularité et précarité dans le travail : 30% des travailleuses à domicile ont une activité  marginale.   

La part des filles qui intègrent le système de la formation professionnelle s’est accrue  régulièrement pour atteindre 45,2% des effectifs totaux en 1996/97. Mais des disparités nettes se maintiennent. En terme de niveau de qualification, les filles restent toujours prépondérantes  dans le niveau de formation le plus bas appelé “qualification” (57,2% en 1996-1997) malgré une  légère baisse de ce taux mais leur part dans les autres niveaux de qualification est devenue  assez importante (41,7% pour le niveau de spécialisation, 43,5% pour le niveau de technicien et  33,3% pour le niveau de technicien supérieur).En termes de filières, celles qui relèvent de  l’artisanat de production, de la santé, du textile-confection et de l’administration-gestion  demeurent les plus prisées par les jeunes filles. Mais certaines filières réputées masculines  (mécanique, agriculture,…) commencent à compter des jeunes filles parmi leurs effectifs. En  termes de disparités spatiales, la formation professionnelle reste un phénomène essentiellement  urbain. Les filles vivant en milieu rural représentent seulement 17,6% des effectifs féminins en  1995-96 (contre 7% en 1988).   

Les filles diplômées de la formation professionnelle sont plus touchées par le chômage que les  garçons: le taux d’emploi (proportion des lauréats actifs employés le jour de l’enquête) est de  42,24% pour les filles contre 51,91% pour les garçons pour les lauréats de 1995. La femme semble subir une discrimination plus grande lors de l’embauche à partir d’un certain niveau de formation et d’insertion dans l’échelle hiérarchique et salariale.   

Les femmes en général reçoivent un revenu inférieur à celui des hommes. La différence de salaire ne s’explique pas seulement par le fait que les hommes occupent des postes plus élevés que les femmes au sein de l’entreprise mais également par le statut de ces femmes au sein de la famille. La plupart des ouvrières ne tirent pas de profit personnel de leur salaire. La main-d’œuvre féminine embauchée est non qualifiée au départ; la formation sur le tas est privilégiée par l’employeur. Le statut marital constitue un critère discriminatoire d’insertion à l’usine. Les femmes employées de maison perçoivent un salaire qui ne dépasse pas souvent la moitié du SMIG; elles ne disposent d’aucune protection sociale et d’aucun statut. La protection sociale au Maroc est liée au statut de salarié déclaré; toutes les femmes exclues de la notion de salariat, au même titre que les hommes, sont écartées de ce régime de protection.

    

D- Renforcement des pouvoirs  

Malgré les progrès réalisés dans la promotion du statut de la femme, beaucoup d’efforts restent à déployer.   

En dehors des disparités flagrantes entre le milieu rural et le milieu urbain, les données  disponibles montrent que 0,34% des conseillers municipaux sont des femmes; 35 sur 325  parlementaires et 1 sur 275 conseillers sont des femmes. Une femme a été nommée en 1999  Présidente du Tribunal de première instance de Rabat, et une autre femme a été nommée au Conseil Constitutionnel. 

Le Maroc se place en première position parmi les pays arabe en matière de représentation des  femmes au parlement. 

Ces chiffres contrastent avec l’importance relative des femmes actives. Concentrées  essentiellement dans les fonctions subalternes, sans reconnaissance sociale, elles demeurent  éloignées des centres de décision : 65,7% des femmes actives ne disposent d’aucun diplôme, 17,17% ont à peine un certificat d’études primaires, 7,25% ont un certificat d’études secondaires et 4,91% seulement ont le baccalauréat ou un diplôme universitaire.  

La participation des femmes à l’économie relève de l’informel, les emplois qu’elles occupent dans divers secteurs de la production et dans l’administration sont le plus souvent à un niveau  inférieur ; leur part dans les postes de responsabilité à l’échelle locale ou internationale,  tant dans l’État que dans les organisations politiques et syndicales demeure très faible.   

Sur le plan institutionnel

Partagée entre différents départements ministériels (Emploi,  Jeunesse et Sports, Droits de l’Homme, Affaires étrangères ; Agriculture …) la question féminine ne bénéficie ni de la coordination suffisante pour l’élaboration et l’exécution des programmes y afférents, ni de l’information indispensable pour connaître les besoins de la population féminine et les actions à entreprendre. Aussi, le manque de connaissance réelle des spécificités régionales et l’absence de démarche participative, impliquant les femmes dans les différentes phases des programmes de promotion, en particulier dans le milieu rural, a limité les  interventions ciblant ces dernières.

    

II - Réalisations

De grands efforts ont été déployés par les pouvoirs publics en vue de promouvoir le statut de la  femme dans les domaines suivants considérés comme prioritaires : l’éducation, la santé de la  reproduction, l’intégration de la femme au développement et le renforcement des  pouvoirs des femmes.   

A- L’éducation

Des campagnes et des actions pilotes en matière d’alphabétisation / sensibilisation des femmes adultes sont menées par différents départements tels que le MDSESFP, le MJS, le MADREF, le MS et l’EN(1). Une “nouvelle stratégie d’alphabétisation au Maroc” a été annoncée publiquement en septembre 1998 par le MDSESFP sous le signe d’une augmentation des effectifs à alphabétiser, d’une meilleure efficacité du système et d’une réforme profonde des méthodes. Cette stratégie qui dresse un bilan critique des performances enregistrées par le passé et démontre, chiffres à l’appui, l’importance particulière de l’alphabétisation des femmes, se fixe comme objectif de ramener le taux global d’analphabétisme à moins de 25% à l’horizon 2010 avec 500.000 bénéficiaires/an en rythme de croisière. Un programme de “développement des compétences de base des salariés en entreprises” est mis en place en incluant les femmes, et des interventions dont devraient bénéficier les femmes non salariées sont négociées avec les partenaires gouvernementaux et les ONGs.  

Le Ministère de l’Éducation nationale, qui se limitait auparavant à contribuer aux campagnes  d’alphabétisation menées par d’autres départements, s’est lancé depuis mai 1997 dans la prise en charge des enfants non scolarisés ou déscolarisés par le biais du Programme d’Éducation Non Formelle. Ce programme, qui constitue une innovation en rupture avec les pratiques habituelles, se fixe comme objectifs de contribuer à l’éradication progressive de l’analphabétisme et l’insertion ou la réinsertion des enfants de 8 à 16 ans dans les structures du système formel 
d’enseignement, de la formation professionnelle ou dans la vie active. Pour ce faire,  l’encadrement est confié à de jeunes diplômés chômeurs indemnisés, et des ONGs , assumant dans le cadre du partenariat, la gestion et la réalisation de ce Programme.  

Dans le cadre de la promotion de la scolarisation en milieu rural, le MEN a mis en place de  nombreux projets durant les dix dernières années avant d’annoncer, récemment, l’objectif de la  généralisation du premier cycle de l’Enseignement Fondamental pour l’échéance 2002 et du second cycle de cet enseignement pour 2008. Cet objectif prévoit un taux d’accroissement qui dépasse l’hypothèse tendancielle et fait état d’un effort supplémentaire à déployer en faveur des filles. 

Parallèlement aux énergies et potentialités mises au service de l’éducation de femmes par les  pouvoirs publics, deux points forts sont à signaler :

  • la dynamique enclenchée par la société civile, de façon autonome ou dans le cadre de partenariats, contribue actuellement non seulement à promouvoir l’éducation des femmes mais, également, à redimensionner la citoyenneté comme participation active, généreuse et bénévole au développement du pays;
  • l’intervention de nombreux organismes et agences de coopération multilatérale et bilatérale au Maroc se caractérise tout particulièrement par le soutien apporté aux projets de scolarisation et d’alphabétisation des femmes en milieu rural et périurbain.  

Le dernier atout consiste en un important projet de “promotion des principes et concepts de 
droits humains, dont le concept d’égalité, à travers les circulaires de l’enseignement fondamental et secondaire” initié par le MDH(1) et le MEN depuis décembre 1994, date de signature d’un accord entre les deux départements. Cet accord, décliné en stratégie, devrait aboutir à ce que les apprenants acquièrent les concepts fondateurs des droits de l’homme ainsi que les attitudes et comportements qui traduisent leur adhésion.

    

B- Santé Reproductive 

Une réelle volonté politique est manifestée par le Gouvernement marocain pour l’amélioration de  la situation dans le domaine de la santé de la reproduction ou du moins dans certains de ses  volets : maternité sans risque, planification familiale et IST/SIDA. Cette volonté a été  concrétisée par l’adoption par le Maroc du programme d’action de la CIPD. Le programme de  planification familiale est le plus ancien parmi ces trois programmes. Grâce au programme de  planification familiale, le taux de prévalence contraceptive est passé de 19% en 79/80 à 58,8% en 1997. Ce dernier taux est de 65,8% en milieu urbain et de 50,7% dans le rural. Il varie selon le profil socio-éducatif et il est assez fortement corrélé avec le niveau de dépenses des ménages. 

Le programme dispose d’un vaste réseau de prestation des services et qui peut, en apportant  certains changements, englober les différents volets de la santé de la reproduction. Dans le  domaine de la maternité sans risques et selon les résultats de l’enquête PAPCHILD réalisée durant la période 93-97, le taux de consultations prénatales, soit auprès d’un médecin, soit auprès d’une infirmière ou d’une sage femme est de 42% (contre 27% en 1987) dont 69% en milieu urbain et 20% dans le rural. S’agissant de l’assistance à l’accouchement, 45,6% des naissances survenues au cours de la période 93/97 ont été assistées par un personnel qualifié. Ce taux était de 26% en 1987. La mortalité maternelle a connu une baisse relativement importante. Elle est passée de 332 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes selon l’ENSP II à 228 cas selon l’enquête PAPCHILD.Le Gouvernement manifeste une volonté et un grand engagement à réduire la mortalité maternelle. Un effort est accompli dans la formation du personnel médical et paramédical et par l’amélioration des prestations des services.   

Mis en place en 1988, le Programme National de Lutte contre les IST/SIDA a accompli un travail  important dans le domaine de la surveillance épidémiologique par la mise en place d’un système de collecte de données, la création des postes de surveillance et par la sécurisation du sang de  transfusion depuis 1990. La prise en charge des cas de SIDA est jusqu’à présent assurée. Pour le traitement des IST, l’introduction de l’approche syndromique par la prise en charge de la part  des médecins généralistes des patients est un atout majeur dans le but de réduire la prévalence  des IST. La formation a reçu une attention particulière et différents séminaires ont été  organisés au profit du personnel médical et paramédical, des pharmaciens, des enseignants et  autres. L’implication des autres départements ministériels, des journalistes et de la société  civile est une activité importante du programme.

Avortement clandestin


Malgré la sévérité des sanctions, la pratique de l’avortement clandestin existe au Maroc. Faute  de données chiffrées, cette affirmation est basée sur les pratiques quasi quotidiennes de femmes contraintes, pour des raisons sociales et économiques, à y avoir recours. 

Violence à l'égard des femmes

La violence contre la femme est un domaine où la discrimination à l’égard de la femme est la plus frappante. Considérée comme un sujet tabou, il y a seulement quelques années, la violence à l’encontre des femmes fait l’objet actuellement de plusieurs initiatives de dénonciation, de  sensibilisation et d’actions aussi bien de la part du gouvernement, en particulier du Ministère  Chargé de la Condition de la Femme que des ONGs : une campagne nationale de sensibilisation à ce phénomène a été entreprise en 1998, en étroite collaboration entre ce ministère et les ONGs et dont le but a été de briser le silence autour de la violence faite aux femmes ; de même  qu'en 2001, ce ministère a engagé un processus d’élaboration et de mise en oeuvre d’une stratégie nationale de lutte contre la violence à l’égard des femmes en collaboration avec un ensemble d’acteurs concernés par la question, cette action s’inscrit dans le projet cadre «Genre et Développement » appuyé par le FNUAP, l’UNIFEM et le PNUD et le Gouvernement Italien ; s’ajoute à cela, la mobilisation des ONGs en vue de proposer les réformes juridiques et pénales qui s’imposent pour combattre ce problème et leurs initiatives à travers la création des centres d’écoute et d’assistance juridique pour la prise en charge des victimes qui restent cependant de portée limitée vu le manque de moyens et l’absence d’une véritable stratégie.

    

C- Intégration des femmes au développement   

La participation des femmes sur le marché du travail constitue une donnée nouvelle et  irréversible. Dans la fonction publique, et même si le processus reste lent et inéquitable, il  n’est plus choquant de voir des femmes diriger des hommes. L’apparition des femmes entrepreneurs au Maroc mérite aussi d’être soulignée car cette profession constitue un espace privilégié de prise de décision, d’autorité et de responsabilité. S’il n’existe pas au niveau national  d’informations sur les entreprises féminines du formel, une première estimation a été calculée  sur le pourcentage des femmes directeurs: il varie, selon les tranches de chiffre d’affaires, de  1 à 4,5% et concerne des secteurs variés, non spécifiquement féminins.  

Depuis le milieu des années 90, la lutte contre la pauvreté est devenue une “question  prioritaire” au niveau national. Cette volonté a été réitérée par l’actuel gouvernement et s’est  traduite par le lancement de plusieurs campagnes de sensibilisation depuis 1998. De nombreux  projets ont vu le jour dans le rural, l’urbain et le périurbain et gagneraient à se fixer comme  objectif prioritaire la réduction de la disparité face à la pauvreté humaine, tant au niveau du  genre qu’au niveau de l’espace. Le Département de la Formation professionnelle est en train de  changer d’attitude par rapport à la formation dite informelle qu’il considérait jusqu’ici comme  n’étant pas de son ressort. La part des filles qui intègrent le système de la formation  professionnelle s’est accrue régulièrement. Des filières sont nouvellement investies par les  filles, ce qui constitue un facteur de réduction des disparités et une transformation potentielle  de la division sociale et sexuelle du travail, même si l’insertion des lauréates reste difficile  et inéquitable.

Activités Génératrices de Revenus (AGR)  

Dans le domaine des activités génératrices de revenus mais aussi des micro et petites entreprises féminines, y compris de l’informel, une évolution certes lente est amorcée avec une timide rupture des approches d’assistanat. Ce changement d’attitude concernant la capacité des femmes à entreprendre et à générer des revenus est apparent à plusieurs niveaux : nouvelle démarche en matière de prospection des besoins de financement des femmes rurales (Caisse Nationale de Crédit Agricole) et place de femmes dans les programmes de micro-crédits; développement de programmes de formation, de montage de projet et d’appui aux activités génératrices de revenus (AGR) ou aux micro entreprises féminines.  

Les encouragements aux AGR développées par les femmes se sont multipliés sous plusieurs formes : micro-projets, coopératives, programmes de formation, assistance et micro-crédit, dans le rural comme dans le périurbain. Les intervenants sont aussi diversifiés que nombreux : le Ministère de la Jeunesse et des Sports, l’Office de Développement des Coopératives (ODECO), le Ministère de l’Agriculture (à travers les vulgarisatrices agricoles), les ONGs féminines, les ONGs de développement et les organismes internationaux. Les AGR sont souvent pris comme point de départ dans le cadre d’une démarche qui se veut intégrer : amélioration des revenus, alphabétisation et formation des femmes, planning familial,… etc.   

Cependant, plusieurs facteurs maintiennent les activités génératrices de revenus développées par les femmes dans un cercle vicieux d’activités faiblement rémunératrices. Du côté des femmes, les principales contraintes concernent : la faiblesse du capital initial, l’impossibilité d’augmenter le fonds de roulement, la dépendance par rapport aux moyens de transport, le difficile accès des femmes au marché, proche ou éloigné, les contraintes de temps disponible (garde des enfants, fontaine publique), l’analphabétisme des femmes et l’absence de formation de base en matière de gestion,…etc.   

Plusieurs évaluations ou recherches montrent que ces micro-projets sont confrontés à des 
problèmes d’approche. Les contraintes sont en fait de trois ordres :

i) une réflexion insuffisante sur les objectifs qui veulent être atteints à travers le projet et une faible exigence d’évaluation;

ii) le projet d’AGR est souvent conçu et organisé sous l’initiative des institutions, de façon parfois trop stricte et sans concertation réelle avec les femmes elles-mêmes, ce qui explique certains phénomènes de désaffection des bénéficiaires;

iii) enfin, les projets semblent rarement “rentables” et ne parviennent pas à assumer leurs charges de fonctionnement. En fait, les projets sont souvent conçus comme des projets de formation plus que comme des projets de production et sont marqués par une attitude d’assistanat trop répandue qui engendre des effets pervers.

Les acquis sont incontestables en matière de formation professionnelle et de développement des ressources humaines au féminin mais des disparités nettes se maintiennent. Deux types de formation professionnelle cohabitent pour les filles, comme pour les garçons: une formation 
“innovante” et performante, avec un niveau de qualification élevé et dans le cadre de secteurs 
nouveaux pour les filles et une formation “traditionnelle”, peu performante, à niveau de 
qualification faible et dans des secteurs traditionnellement féminins.   

Certains départements formateurs privilégient la formation traditionnelle (Jeunesse et Sports, 
Haut Commissariat aux anciens résistants, Artisanat, Entraide Nationale, Chambres 
professionnelles, Emploi et Affaires sociales). D’autres départements dispensent une formation 
qui marque une rupture dans la vision des compétences féminines (OFPPT, Education Nationale, Agriculture, Travaux publics,..). Les moyens affectés aux formations à dominante féminine sont plus faibles que ce qui existent dans le cas général : manque de ressources humaines, financières et en matériel. Les formations à prédominance femme sont assurées par des départements faiblement dotés en moyens, logistiques et d’encadrement.

    

D- Renforcement des pouvoirs

Le statut de la femme a connu des changements significatifs dans les domaines juridique, 
politique, institutionnel et de recherche.

- Dans le domaine juridique les principaux changements ont touché les textes suivants :

* Référence dans le préambule de la Constitution aux droits de l’homme tels que reconnus universellement;

* Ratification de la Convention relative à l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW);

* Révision de certains textes législatifs et réglementaires touchant la condition des femmes : le Code Civil (DOC), le Code de Commerce, le Code de Procédure Civile, l’autorisation d’obtention du passeport…

* Installation de la Commission chargée de la révision de la Moudawana par S.M Le Roi Mohamed VI le 27 avril 2001 dont la mission revêt les aspects suivants :

(i) l’examen des mécanismes et des procédures à même de permettre une bonne application des dispositions de la Moudawana, tout en prospectant les possibilités de révision de ce texte qui date des années 50 ;

(ii) cette mission devrait chercher à concilier entre les valeurs identitaires et l’adhésion à l’esprit du temps ;

(iii) et, traduit la volonté royale d’œuvrer à franchir « la femme de toutes les entraves qui l’empêchent d’apporter sa pleine contribution à l’édification d’une société marocaine solidaire et prémunie contre l’extrémisme et fanatisme sans jamais renier l’identité marocaine islamique.

- Dans le domaine institutionnel, les actions concrètes sont

* Création du Ministère chargé des droits de l’homme;

* Création du Secrétariat d’État chargé de la protection sociale, de la famille et de l’enfance (1998), remplacé par le Ministère chargé de la Condition de la Femme, la Protection de la Famille et de l’Enfance et l’Intégration des Handicapés (2 000). Et remplacé dans l’actuel gouvernement (Novembre 2002) par le Secrétariat d’État chargé de la Famille, la Solidarité et l’Action Sociale;

* L’intégration effective de l’approche genre et développement dans les politiques et programmes passe par la mise en place de mécanismes institutionnels appropriés. Au Maroc, l’amorce de ce processus s’est vue renforcée par la création d’un Ministère Chargé de la Condition de la Femme et un processus de désignation des points focaux genre dans les secteurs clés de développement, ce dans le cadre d’un projet cadre dont l’objectif vise à promouvoir les femmes et la famille à l’intégration de l’approche genre et développement dans les projets et stratégies de développement en termes de planification et institutionnalisation tant au niveau national que local.

- Dans le domaine politique et administratif 

* Les femmes ont fait leur apparition, même timidement, dans les hautes sphères du gouvernement en tant que Secrétaires d’État (2 en 1998) et ministre (une en 2 000), et dans la sphère législative en tant que députées et conseillères, et ambassadrices (2 en 2 000). Cette visibilité a exercé un impact significatif sur l’image des femmes dans la société;

* Le gouvernement de M. Driss Jettou de novembre 2002, comprend deux Secrétaires d’État et une Ministre déléguée;

* La tenue des congrès d’un certain nombre de partis politiques en vue de la préparation des futures élections (2002) a enregistré pour la première fois dans la vie politique marocaine la volonté à mieux intégrer les femmes dans les instances décisionnelles des partis à travers notamment l’application d’un quota variant de 20 à 27 % selon les partis;

* Le nombre de femmes fonctionnaires a atteint en 1998, 151.763 soit 31% de l’effectif global dont 30 751 femmes cadres (20%). Le nombre de femmes dans la fonction publique a connu une progression (16% à la fin des années 7O) à 30% (136 926 femmes) en 1994. Plus de 18% des 
femmes sont classées à l’échelle de rémunération n°10.

- Dans le domaine de la recherche

Différentes études juridiques, socio-économiques et statistiques ont vu le jour. Le CERED et différentes institutions et groupes de recherche ont à cet égard, mené diverses études qui ont permis de mieux identifier les répercussions de la condition des femmes sur le processus de développement et de rendre les domaines prioritaires d’intervention davantage visibles.

  

III - Législation

Nous vous invitons aussi à consulter les sites suivants qui présentent des informations importantes sur le droit de la femme :

 

La Déclaration sur l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes :

http://www.droitshumains.org/Femme/LaDeclaration.htm

La Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes :

http://www.droitshumains.org/Femme/Convention.htm

Le Protocole : l’acceptation de plaintes individuelles ou collectives :

http://www.droitshumains.org/Femme/Plaintes.htm#protocole

  

(1) Le Ministère du Développement Social, de l’Emploi, de la Solidarité et de la Formation Professionnelle; Ministère de la Jeunesse et des Sports; le Ministère de l’Agriculture, du développement rural et de la Pêche; le Ministère de la Santé, l’Entraide Nationale; Ministère des Droits de l’Homme

 

 
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